28/02/2007

Gimnée: Joseph Chot évoque Robert de Gimnée.

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En 1934, Joseph Chot, écrivain d'Olloy, publie "Sous la coupe des sans-culottes de Givet", étude consacrée aux événements qui se passèrent à Givet sous la Révolution française et aux effets que ceux-ci eurent dans les villages du sud de l'Entre-Sambre-et-Meuse, alors terre de la Principauté de Liège. Quelques paragraphes y évoque le rôle politique joué par Robert de Gimnée (1763-1826) député des Ardennes participa notamment au procès de Delecolle, maire de Givet, réputé pour ses exactions.

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Sous la coupe des sans-culottes de Givet (1792-1794).
En marge de l'histoire de Belgique.
Etude sur l'histoire révolutionnaire de Givet et sur les effets de la terreur dans le sud de la Principauté de Liège.

Bruxelles, Librairie Vanderlinden, 17, rue des Grandes Carmes - 1934.

yl_ball L'avocat Robert, de Gimnée, commandant de la garde.

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oupet cessa d'être commandant de la garde le jour où il devint maire. L'avocat Robert, de Gimnée, plus tard représentant des Ardennes à la Convention, lui succéda pendant quelques mois. "Pendant ces mois, écrira-t-il en 1791, j'eus à lutter sans relâche contre l'aristocratie des officiers du régiment de Chartres et du régiment du Dauphin".

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 Robert de Gimnée, député à la Convention.

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ous le coup de tant d'angoisses qui assaillent les esprits, l'état d'âme de la cité devint tout autre. Les bruits qui couraient au sujet de la responsabilité, de la trahison du roi et de la reine, avaient rencontré, ici comme ailleurs, un crédit dont les effets devaient aboutir à la perte des malheureux souverains. Givet éperdu écoute à présent la voix des meneurs jacobins, celle des représentants des Ardennes à la Convention, récemment élus - dont le député Robert, de Gimnée - celle, enfin, de tous les démagogues qui prétendent indiquer aux Français déroutés le seul moyen de salut.

 

yl_ball Robert de Gimnée, chargé de l'enquête sur les actes abusifs de Delecolle.

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près ce départ [de Delecolle et Berh emprisonnés à Mézières], un représentant de Paris, le député des Ardennes Robert, sont nous avons déjà parlé, fut délégué à Givet par la Convention pour enquêter sur place au sujet des violences et des actes d'improbité que l'on attribuait à Delecolle. Ce représentant Robert, de Gimnée, eut soin de réunir en son dossier tous les actes abusifs dont le Comité secret se rendit coupable. "Ce Comité, dira-t-il dans son rapport, fut tout d'horreurs révoltantes en fait de perquisitions et d'inquisitions, faisant embastiller ses victimes sur de simples soupçons, vandalisant tout le pays, pillant les propriétés."

20:30 Écrit par Lucky Skywalker dans Gimnée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : document |  Facebook |

Gimnée: 1794 - Le Père Louis Pacot, guillotiné sous la Révolution.

 

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Dans son livre intitulé "Sous la coupe des sans-culotte de Givet (1792-1794)" , publié à Bruxelles en 1934, Joseph Chot, écrivain de Olloy, nous relate la fin tragique du Père Louis Pacot, vicaire de Gimnée, qui fut décapité à Paris le 18 mai 1794.

 

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é à Couvin le 22 mars 1760, Jean François Ignace Joseph Pacot, victime inconstestable du Comité de Surveillance de Givet qui le livra aux terroristes de Paris, entra, à l'âge de dix-huit ans, au couvent des dominicains de Revin où, le jour de sa prise d'habit, il reçut le nom de Frère Louis. Après un noviciat fait à Paris à l'abbaye de Saint-Germain, il revint en son premier couvent et, en 1783, pour son plus grand malheur, il se fit naturaliser français. - La révolution se déchaîne. Deux années passent... En 1791, le Frère Louis est toujours à Revin, mais il ne porte plus la robe blanche et le manteau noir de son ordre. Et pour cause! Un décret de la Convention de février de cette même année venait de supprimer en France tous les ordres monastiques et interdisait aux anciens moines le port des habits religieux. Le 23 juillet suivant, le dominicain d'hier fut bien obligé de se présenter, en compagnie de l'ex-Frère Gérard, devant le "Conseil de défense du pays", ceci afin de verser à ce comité les arriérés d'une somme de 116 livres 12 sols, montant de la contribution personnelle, soi-disant volontaire et patriotique, offerte par chaque religieux pour la défense de la république en danger. Alors que les autres moines s'étaient pour la plupart dispersés dans le département, le frère Louis passa la frontière et s'en fut se réfugier à Couvin sa ville natale. D'ici, il se mit en rapport avec son prieur provincial, le Père Bribosia qui vivait retiré en Flandre. Il lui demandait de pouvoir fonctionner comme vicaire à Gimnée petit village de Fagne, hier encore en comté d'Agimont, maintenant sur les confins du Pays de Liège et à deux milles à peine de Charlemont. Ayant reçu cette autorisation, le dominicain s'en fut donc s'installer en cette petite localité perchée sur la crête du versant sud de la Fagne. Mais, à quelques temps de là, il reçut de son supérieur une missive plutôt contrariante. Le Père Bribosia qui, vraisemblablement, ne se faisait, du fond de sa retraite, aucune idée exacte du danger que pouvait courir à la frontière un religieux français émigré, officiant presque sous les yeux d'un comité terroriste, écrivit au nouveau vicaire qu'il s'étonnait d'apprendre que le Frère Louis n'avait pas eu la fermeté de revêtir les habits de son ordre. Enfin conscient, dans la suite, de l'imprudence de son reproche, le prieur provincial écrivit à nouveau à son subordonné, devenu le Père Pacot, pour lui dire cette fois qu'il "lui laissait la liberté d'adapter son habit aux circonstances..." Trop tard! Par respect pour l'ordre de son supérieur, le vicaire de Gimnée avait repris la robe blanche des dominicains!


            Quelques jours après, le Comité de Givet était prévenu pas ses sycophantes. Ceux-ci durent lui confier sans nul doute qu'un religieux français, émigré en Pays de Liège où il s'était mis sous l'autorité d'un prince-évêque tyrannique et ennemi implacable de la révolution, avait poussé l'extrême audace jusqu'à défier les patriotes de Givet en reprenant, par morgue et esprit de bravade, les habits ecclésiastiques que la loi républicaine lui interdisait de porter. Il n'en fallut pas plus pour que, le lendemain, des soldats et les sbires du comité parussent dans Gimnée terrorisé. Pour arrêter le Père Pacot, fouiller le presbytère et faire main basse sur tous les papiers qu'on y découvrit on prit comme prétexte certain sermon peut-être courageux mais imprudent prononcé un dimanche en l'église de Gimnée, et dans lequel le prédicateur avait probablement attaqué les institutions républicaines. Tout Gimnée protesta contre pareille arrestation. Bourgmestre et échevins n'épargnèrent aucune démarche pour arracher le malheureux vicaire au sort qui l'attendait. Tant qu'il resta incarcéré à Charlemont, on pensa que rien de pire ne pourrait lui arriver. Mais on apprit un jour que le Comité Secret venait d'envoyer le Père Pacot à Paris sous prétexte de conspiration ainsi que l'établissaient "les maximes fanatiques reconnues dans les papiers trouvés chez lui". (18 brumaire an II).


            Le malheureux était perdu. Emprisonné à la Conciergerie, le dominicain ne comparut devant le tribunal Révolutionnaire que le 7 mai 1794. Il fut condamné à mort le 18 mai, dans la matinée, et fut guillotiné l'après-midi de cette même journée.

19:00 Écrit par Lucky Skywalker dans Gimnée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : document |  Facebook |

18/11/2006

Franchimont: Roger Foulon raconte la légende de la Fontaine St-Hadelin.

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Dans son livre intitulé Légendes et contes d'Entre-Sambre-et-Meuse (Editions Paul Legrain - 1989), Roger Foulon consacre un chapitre aux Eaux. Il y relate à sa manière le miracle de la Fontaine Saint-Hadelin, parfois nommé aussi Haulin en patois.

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    On conte qu'un jour, saint Hadelin, traversant la région, eut le coeur navré de voir une vieille ayant dû aller puiser son eau dans le ruisseau coulant au pied de la colline. La femme n'en pouvait plus de porter sa cruche. Elle s'arrêtait souvent pour souffler. Hadelin, fatigué par une longue marche, la rejoignit.
    - Où vas-tu?, lui demanda-t-il.
    - Là-haut, dit la vieille. C'est là que je demeure? Et, par ces temps de canicule, plus d'eau chez nous. Nous sommes tous obligés de descendre dans le val pour trouver de quoi boire. Et c'est bien dur!
    - Donne, dit Hadelin.
    Il saisit la cruche posée par la vieille sur un muret et se mit à gravir le raidillon.
    Vrai! C'était dur. Le soleil tombait d'aplomb et rôtissait tout. L'herbe était rousse et sèche comme roseaux croquants. Les bêtes dormaient à l'ombre des haies et les tuiles du village flambaient.
    La vieille suivait avec peine. Hadelin l'entendait haleter. Cela le retournait. Une telle misère! Il se mit à prier Dieu.
    - Accorde-moi le pouvoir, murmurait-il.
    Ils atteignirent le village. Un ensemble de maisons qui avaient dû connaître parfois le bonheur.
    Hadelin s'arrêta près d'un clos. La vieille peinait, courbée. Malgré sa fatigue, Hadelin sentait en lui une grande force. Il déposa sa cruche. On était presque au plus haut de la colline. Le pays d'alentour se déployait sous le soleil, avec ses bois, ses champs, ses villages.
    - Voici, dit Hadelin. L'eau est venue jusqu'ici dans ta cruche. Désormais, elle viendra, sans cesse, par la grâce de Dieu.
    Et, de fait, juste comme il achevait ses mots, la terre se fendit près de la cruche. De l'eau claire se mit à couler et à se répandre, partout. Cela sortait du sol en un beau bras clair. On entendait le glou-glou du flot qui, déjà, attirait les oiseaux.
    La vieille n'en croyait pas ses yeux.
    - Ce n'est pas possible! Ce n'est pas possible!, répétait-elle.
    - Rien n'est impossible à Dieu.
    Alors, Hadelin s'éloigna. Il traversa le village et se perdit dans la forêt.
    La vieille était toujours là, regardant couler l'eau. Elle y trempa les mains, aspergea la terre, autour d'elle, en riant.
    Les animaux arrivaient en grand nombre pour étancher leur soif. Des gens venaient aussi, leur coeur plein de merci.
    Depuis lors, la fontaine Haulin ne s'est jamais tarie.

13:07 Écrit par Lucky Skywalker dans Franchimont | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : document, fontaine, legende, saint |  Facebook |

Franchimont: une nécropole sortie de sa réserve.

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Texte de Olivier Rayp

Le Courrier – Vendredi 9 août 1996

 

La réserve naturelle « Ardenne et Gaume » du Tombeau, au nord de Franchimont, s’étend sur près de 4ha. Son intérêt n’est pas uniquement botanique (la flore de cette pelouse sèche, humus sur dolomie, étant semble-t-il de grande valeur). En effet, sur cette colline juste à gauche de la Chinelle, en bordure d’un chemin probablement utilisé dès l’époque romaine, était implantée une nécropole mérovingienne, qui comprenait plus de 200 tombes à proximité d’un bâtiment funéraire. Mérovingien est le nom donné à la première dynastie des rois francs, fondée par Clovis Ier en 511. Le dernier roi mérovingien fut Childéric III, en 743, enfermé dans un monastère par Pépin le Bref, fondateur des Carolingiens.

 

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La nécropole du Tombeau fit l’objet de fouilles dès 1880 par la société archéologique de Namur ; de nouvelles fouilles ont aussi eu lieu de 1968 à 1975 , auxquelles se sont intéressées diverses instances locales et bruxelloises. Certaines tombes avaient toutefois été violées, avant même la première série de recherches.

 

Ce sont les Cercles des Naturalistes de Belgique asbl qui assurent désormais la gestion et l’entretien de la réserve naturelle du Tombeau, tandis que les tombes ont été recouvertes, comme c’est l’usage. Seules les fondations du bâtiment funéraire sont encore visibles. Cet édifice de forme carrée comprenait cinq sépultures : il s’agissait d’un enclos funéraire destiné aux gisants de la famille seigneuriale, datant probablement du VIe siècle.

 

Les 170 tombes contenaient généralement un individu. Taillées dans la roche, les fosses étaient parfois garnies d’un caisson en pierre sèche (le tuf) et recouvertes d’une grosse pierre. L’orientation générale de ces tombes, dans l’axe Nord-Sud (la tête au nord), désigne un rite particulier, montrant l’origine germanique des populations ensevelies.

 

Beaucoup d’objets furent retrouvés lors des deux séries de fouilles : bijoux, vaisselle, vases, poteries, etc. Certains, comme une petite croix en plomb par exemple, témoignent de l’introduction de symboles chrétiens dans la région. Saint Hadelin venait en effet d’arriver… On découvrit aussi de grandes épées, appelées scramasaxes. Enfin, boucles de ceintures, colliers, bagues, bracelets et autres parures, dont certains témoignent de cet art oriental particulier qu’est le damasquinage, tendent à démontrer qu’il s’agissait d’une nécropole pour gens aisés. Par contre, une seconde nécropole mérovingienne retrouvée au Tombois, à l’ouest de Franchimont (aujourd’hui invisible car recouverte par la route) et comportant 123 sépultures, était semble-t-il réservée aux gens moins fortunés. Là, une sépulture d’homme libre y fut mise à jour. Le défunt était entouré d’un armement complet et d’une balance spéciale : s’agissait-il d’un comptable, d’un gérant d’exploitation ? Pourquoi, aussi, ces deux nécropoles quasi contemporaines étaient-elles aussi voisines, mais clairement distinctes et séparées par la Chinelle ? S’agissait-il de deux clans différents, aux activités spécifiques, gardant jalousement leurs prérogatives jusque dans la mort ?  Autant de mystères qui restent à éclaircir…

10:20 Écrit par Lucky Skywalker dans Franchimont | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : document, necropole, merovingien |  Facebook |

16/11/2006

La Chinelle, mérovingienne et dolomitique

Texte de Olivier Rayp

Le Courrier – Vendredi 9 août 1996

 

Courte et sinueuse, la vallée de la Chinelle fait bien des rencontres intéressantes, en marge des villages de Franchimont et Romedenne qu’elle traverse avant de rejoindre l’Hermeton. En effet, il s’agit tantôt d’une réserve naturelle, tantôt d’une nécropole mérovingienne, tant^to d’un site dolomitique… Le marbre et la dolomie, qui abondent, ont été exploités très tôt dans la région.

 

MOULIN_BARRAGE02aPetite rivière issue de la convergence de plusieurs sources et d’un ruisseau surgis des bois au sud de la route Philippeville-Rosée, la Chinelle prend véritablement naissance à Franchimont, au nord du village. Traversant ce dernier, puis Romedenne, la rivière y rejoint l’Hermeton en rive gauche.

 

Son parcours est donc relativement bref, une dizaine de kilomètres environ. Il traverse pourtant plusieurs sites précieux, dont la richesse intéresse différemment l’archéologue, le naturaliste et l’industriel, sans oublier… l’habitant.

 

Les richesses du sol… selon l’archéologue.

 

Plusieurs cimetières mérovingiens ont été retrouvés dans la région : à Surice (66 tombes découvertes au lieu-dit ausohy), à Merlemont (aux Wayons, au Tienne de Merlemont, ainsi qu’au Bois de la Forêt où 28 tombes ont été découvertes), à Villers-le-Gambon, ou encore à Franchimont (au Tombois et à la Colline du Tombeau). Ces nécropoles ont fait l’objet de plusieurs séries de fouilles, qui ont permis  de cerner un peu mieux la vie des populations de la région, du début du VIe siècle à la fin du VIIe siècle.

 

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Elles étaient d’origine germanique, étant donné l’orientation des sépultures. Leur vocation agricole et industrielle au sens large est également incontestable. Jusqu’en 550, ces groupes occupaient des fonctions surtout axées sur la culture en friche, tout en conservant des activités militaires, comme le montrent les nombreuses armes. Ils développèrent ensuite des activités agricoles et industrielles, l’élevage ainsi que l’artisanat local. Soumises ou assimilées par les propriétaires ou les gérants, la base gallo-romaine se retrouva quant à elle dans la même situation que sous l’occupation romaine. Les modestes sépultures de ces « casati » nous rappelle quelles devaient être leurs pénibles conditions matérielles et sociales : pour eux, être inhumés à côté des maîtres qu’ils avaient servi était sans doute un honneur autant qu’une obligation…

 

Peu à peu, l’économie et le commerce se sont développés, permettant à divers « potentes » de signaler leur degré de standing au moyen de monuments funéraires , élevés sur leurs morts comme ce fut le cas aux deux nécropoles de Franchimont.

 

… Selon le naturaliste.

 

Les alentour de Franchimont et de Romedenne focalisent aussi l’attention des naturalistes. En effet, plusieurs réserves s’y côtoient : la réserve R.N.O.B. des Argilières de Romedenne (16ha) ou encore des sites formant les « quatre réserves naturelles de Philippeville ». Les deux premières sont propriétés communales : le Tienne des Coris (9ha 17ca) et le Tombeau (3ha 82a). Les deux autres sont privées : la Haie Maïon (1ha 73ca), ou encore, à Surice, la réserve du Gros Tienne (près de 7ha), qui appartient au Séminaire de Namur. 

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L’établissement de ces réserves n’est bien sûr pas un hasard. Très tôt les botanistes se sont intéressés aux dolomies frasniennes, au sommet desquelles on trouve parfois des pelouses sèches assorties d’une flore exceptionnelle. Certains sites ont été menacés, voire irrémédiablement détruits, notamment par l’exploitation industrielle de la dolomie. En 1974, par exemple, les excavations qui avançaient rapidement vers la route de Philippeville à Givet, ont eu raison de pelouses possédant une orchidée unique. Au cours des cinq années suivantes, plusieurs autres sites dolomitiques jugés d’un grand intérêt botanique ont subi le même et triste sort…

 

Après un dialogue tardif avec les autorités, la plupart des réserves actuelles datent de cette époque, le soucis des naturalistes étant, évidemment, de protéger le patrimoine restant, qu’il fallait encore inventorier avec précision. De nouvelles tensions se profilent toutefois à l’horizon : le bail de gestion de certaines de ces réserves arrivera à terme dans dix ans, tandis qu’au plan de secteur, ces endroits figurent comme « zones d’extension de carrière »…

 

… Selon l’industriel.

 

La dolomie, carbonate double de calcium et de magnésium qui se décompose en une « arène » très caractéristique, fut exploitée de tout temps. D’abord pour le rechargement des chemins, l’aménagement des cimetières, et surtout l’amendement des sols schisteux de la Fagne. L’installation de la voir ferrée desservant Villers-le-Gambon et Merlemont a ensuite permis l’exploitation industrielle artisanale des gisements. Grâce à des fours installés sur place, , la dolomie était « frittée » puis envoyée vers les usines métallurgiques belges et françaises, où elle servait à la préparation des briques dolomitiques utilisées comme revêtement dans les fours d’aciéries. Signalons aussi que la dolomie brute entre dans la composition de certains engrais minéraux.

DOLOMIE La mécanisation des chantiers a rendu possible une exploitation industrielle de plus en plus intensive. Il y a quinze ans, le programme d’extraction prévoyait 300 à 400.000 tonnes de dolomie par an ! Inutile de préciser que, pour les habitants de la région, l’exploitation de la dolomie fait aujourd’hui partie du décor…

 

L’exploitation du marbre rouge est également très ancienne dans la vallée. De nombreuses carrières ont vu le jour dès le XVIIIe siècle et peut-être même avant. En 1880, l’arrondissement de Philippeville comptait douze exploitations en activité dont la production était surtout exportée : le travail était encore principalement manuel et exigeait une force et une résistance physique considérables…

 

Depuis l’entre-deux guerres, ces carrières ont toutes cessé leurs activités d’extraction. Seule la carrière de Vodecée fonctionne encore, reprise par la société florennoise Berthe. Cette même société exploite aussi la scierie-marbrerie de Franchimont (ancienne carrière de Rochefontaine), où une dizaine d’ouvriers pratiquent encore le sciage, la taille et le polissage du marbre et de la pierre.

 

… Selon les habitants.

 

Ces activités industrielles, les dernières de la région (outre une importante briqueterie à Romedenne), ne sont pas du goût de tous les riverains. Les tirs de mine et les poussières provenant des carrières de dolomie, ou encore le bruit lancinant des machines de la scierie-marbrerie, ont encore récemment suscité diverses réactions, dont une pétition interpellant les autorités communales et régionales. Pour sa part, la commune mit l’accent sur l’importance de l’emploi dans ces entreprises…

 

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Mais la plupart des habitants des deux villages traversés par la Chinelle, et a fortiori les vacanciers dont de nombreux campeurs, sont tout simplement heureux de se trouver là où ils sont. On en veut pour preuve les nombreuses organisations estivales, épreuves sportives ou plutôt récréatives, toujours assorties d’une fête et de soirées dansantes : après la course de brouettes de Romedenne, dimanche dernier, Franchimont sera ce week-end le théâtre des « 12 Heures de la Chinelle », une course d’endurance motos dont la réputation n’est plus à faire. Enfin, la semaine suivante, aura lieu une épreuve moteur, les « Huit Heures de quad ». Et pourquoi bouderions-nous, un peu plus loin, la fête Saint-Roch de Sart-en-Fagne, ou le dîner champêtre de Surice ?...

12:18 Écrit par Lucky Skywalker dans - La vallée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chinelle, riviere, document |  Facebook |

15/11/2006

L'Hermeton à deux visages: Fagne puis Condroz

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Texte de Olivier Rayp.

Le Courrier – Vendredi 2 août 1996.

Rivière propre, rapide et poissonneuse, l’Hermeton coule d’Est en Ouest, à travers la Fagne puis le Condroz, de Neuville jusqu’à Hermeton-sur-Meuse, sur 31 km. Jadis appelée « Grande Eau », la rivière traverse ainsi plusieurs villages très anciens, chargés d’histoire. 

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L’Hermeton n’est pas vraiment une rivière comme les autres. S’écoulant en milieu rural, d’abord dans la Fagne schisteuse, elle n’est que très peu polluée, même en été. Rapide, elle devient très sinueuse tandis que sa pente s’accélère encore sur la deuxième partie, condrusienne, de son cours : exclusivement boisée, elle traverse une vallée encaissée, peu accessible et donc peu fréquentée par l’homme. Une autre caractéristique de l’Hermeton est sa « réponse » très vive aux fortes pluies : une journée de précipitations importantes lui suffisent pour atteindre son niveau maximum à l’embouchure avec la Meuse.

 

Les crues fréquentes de la rivière ont pour effet, sur sa partie boisée, de créer des alluvions donnant naissance à une flore spécifique. Chaque fois qu’il visitera cette vallée froide, le naturaliste fera des découvertes, tant sont variées la faune et la flore de la région. Avec de la chance et pour peu qu’il reconnaisse le cri strident caractéristique, il verra peut-être un éclair bleu au ras de l’eau : le martin-pêcheur est en effet revenu sur les berges de l’Hermeton.

 

Cimetières mérovingiens et anciennes voies romaines, villages d’antan que firent prospérer notamment les carrières, moulins du siècle dernier ou plus vieux encore : les vestiges du passé abondent sur les rives de la rivière.

Quittant le plateau de Neuville-Philippeville où il prend naissance, l’Hermeton traverse tout d’abord la Fagne schisteuse. Rapide, très propre et remplie de poissons, la rivière rencontre plusieurs villages, de nombreux moulins, d’anciennes carrières… Il entre alors dans sa partie condrusienne, à travers bois, au fond d’une vallée froide et encaissée. La végétation luxuriante y est marquée par les crues de la rivière qui se jette ensuite dans la Meuse. 

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Depuis sa source au nord de Neuville, l’Hermeton coule d’Est en Ouest pendant 31 km avant de rejoindre la Meuse à Hermeton-sur-Meuse, à 5 km de la frontière française. Il traverse tout d’abord de vastes prairies sur les communes de Neuville, Samart, Sautour, Villers-le-Gambon, Sart-en-Fagne, Romedenne et Vodelée. C’est son premier visage, celui des paysages de la Fagne schisteuse.

 

Son second visage est condrusien . Toutefois, le paysage de ce Condroz est si atypique qu’on le nomme volontiers « Condroz de l’Hermeton »… La rivière devient sinueuse au fond d’une vallée très encaissée et difficilement accessible, dans un décors uniquement forestier. Elle délimite alors en rive droite les communes de Gochenée et d’Hermeton-sur-Meuse, et en rive gauche celle de Morville, Soulme et Hastière-Lavaux.

 

HERMETON068Bien qu’étendu avec 16.100 hectares, le bassin de l’Hermeton est peu peuplé : la population normale des villages traversés ne dépasse jamais 500 habitants (sauf à Hastière-Lavaux, où résident un millier de personnes). C’est pourquoi l’Hermeton, aussi appelé « grande eau » autrefois, est souvent décrit comme un « cours d’eau rural ». En vacances toutefois, les populations gonflent presque partout dans la vallée : les 15 campings de Hastière-Lavaux par exemple, accueillant jusqu’à 20.000 personnes, qu’attirent notamment l’église abbatiale romane ou encore les grottes du Pont d’Arcole.

 

Des crues rapides.

 

Plusieurs études le confirment, l’Hermeton est particulièrement peu pollué. Et même en période estivale, le pouvoir auto-épurateur du ruisseau et de ses affluents demeure suffisant. Il s’agit aussi d’une rivière calcaire très poissonneuse (deux à trois fois plus que le Viroin ou la Semois), ne subissant qu’une faible pression de pêche. Les poissons y sont non seulement nombreux mais aussi variés : plus de 16 espèces sont représentées. Truites, ombres et barbeaux se succèdent selon la pente jusqu’à Soulme, où une rupture de pente provoque l’apparition d’une nouvelle zone à ombres, jusqu’à la Meuse. Ce dernier ronçon de rivière est peu convoitée par les pêcheurs car difficilement accessible.

 

PONTCHAMP075Il s’agit aussi d’une rivière capricieuse, très rapide (assez froide par conséquent), dont les crues sont célèbres : le dernier kilomètre de son cours a d’ailleurs été aménagé afin de limiter les dégâts occasionnés par ces crues. L’été – particulièrement les années de sécheresse – le débit de la rivière n’est rien en comparaison de ce qu’il peut devenir en hiver ! En effet, l’Hermeton a pour caractéristique de « répondre » très rapidement aux fortes pluies. Une journée de précipitations importantes suffit pour que le débit enregistré à Hermeton-sur-Meuse atteigne un maximum ! Sur la partie condrusienne, où elles surviennent dans des régions généralement non habitées, ces crues présentent au moins l’avantage de créer des alluvions. La stagnation occasionnelle de ces eaux riches en éléments nutritifs permet le développement d’une végétation luxuriante. Remarquons encore qu’il s’agit d’une vallée froide, qui constitue la limite septentrionnale de l’aire de distribution de plusieurs plantes provenant du Nord et de l’Est. L’orme-lys, par exemple, ou encore l’aconit tue-loup, y sont des plantes caractéristiques.

 

Le passé au fil de l’eau.

 

C’est donc au nord de neuville que l’Hermeton prend naissance, à proximité d’une ancinne villa romaine qui fit autrefois l’objet de fouilles. De la période romaine, marquée par l’exploitation du fer dans la région, on retrouve aussi les vestiges d’une ancienne voie, relativement parallèle à la rivière, qui reliait le plateau de Philippeville à la vallée de la Meuse.

 

HERMETON071Après avoir traversé Neuville, l’Hermeton passe par un ancien moulin avant d’arriver à Sautour, ancien poste avancé fortifié de Philippeville, juché sur un promontoir rocheux. En chemin, la rivière recueille les eaux de différents ruisseaux : de la Fontaine Samart, des Gérinaux et du grand Pré. Ce dernier, qui alimente les étangs du château de Merlemont, rejoint l’Hermeton au lieu-dit Wé Charnois, entre Merlemont et Villers-en-Fagne.

 

Après une douzaine de kilomètres, les eaux lentes du Grand Ry et du Fambay affluent en rive droite. On arrive alors à Romedenne, où l’Hermeton reçoit un de ses principaux affluents : la Chinelle… Notre rivière rencontre alors le moulin de Vodelée. Comme la plupart des moulins de la région, il date du siècle dernier. Certains de ces moulins, délaissant la roue à aubes, étaient actionnés par une vis sans fin, ce qui permettait un meilleur contrôle de la force hydraulique. Dans les bois de Vodelée, on trouve encore la source de Bonne Fontaine et sa chapelle surmontée d’un bulbe. Cette chapelle date du XVIIè siècle : selon la légende, elle aurait été édifiée suite au serment d’un seigneur, effrayé par un terrible orage… A cet endroit, on trouve aussi une roche poreuse, le tuf, ainsi que des mousses assez rares. Chaque année à la Pentecôte, ce lieu reculé fait l’objet d’une procession.

 

A travers bois.

 

Continuant son chemin par Vodelée-Soulme, l’Hermeton reçoit le Fond des Vaux et l’Omeri : il entre alors dans son parcours forestier. A cette hauteur se trouvent plusieurs abris sous roche, qui servaient de sépulture à l’époque préhistorique. Pendant la dernière guerre, ce sont des aviateurs américains qui y trouvèrent refuge, avec l’aide de certains habitants de la région… Sur l’Omeri, la carrière de Louvain-Chestia est une ancienne xploitation de marbre gris et rouge, démarrée en 1757. Près de Soulme, la carrière Falgeotte (18è siècle) puis la carrière Richemont (au 19è) ont-elles aussi participé au renouveau économique de la région. Ces trois carrières réputées, dont les marbres ornent le palais de Charles de Lorraine à Bruxelles, ainsi que certaines pièces du Louvre et de Versailles, furent exploitées jusqu’en 1950.

 

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L’Hermeton parvient au moulin de Soulme. Il s’écoule ensuite à travers bois, par Hastière où il rencontre un nouveau moulin extraordinaire, dont la machinerie est toujours en ordre de marche et qui a souvent souffert des inondations. Quelques centaines de mètes plus loin, l’Hermeton rejoint finalement la Meuse, dont il est le premier affluent important en Belgique.

 

 

21:12 Écrit par Lucky Skywalker dans - La vallée | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : hermeton, riviere, document |  Facebook |