18/11/2006

Franchimont: légende de la Fontaine St-Hadelin

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Le miracle de la source de Franchimont représenté sur le côté gauche de la châsse de saint Hadelin 
(Collégiale de Visé)

D'après un récit hagiographique du Xème siècle intitulé Vita Sancti Hadelini, oeuvre d'Hériger de Lobbes, saint Hadelin, disciple de Remacle, aurait réalisé un miracle dans une localité dénommée Mons Francherii (Franchimont). Au VIIème siècle, lors d'une sécheresse catastrophique, le saint, fondateur du monastère de Celles-lez-Dinant, aurait fait jaillir de son bâton une source. Cette Fontaine Saint-Hadelin se trouve en contrebas de l'église Saint-Martin et est constituée d'une potale dédiée au saint et de deux grands abreuvoirs en pierre.

Ce miracle de saint Hadelin est représenté sur l'un des bas-reliefs de la châsse de saint Hadelin, datée du XIème siècle avec des ajouts au XIIème siècle, et qui se trouvait initialement dans la crypte de l'église Saint-Hadelin de Celles-lez-Dinant. Hadelin aurait en effet construit un oratorium dans la région de Celles et y mourut à la fin du VIIème siècle. 

Le bas-relief est entouré d'un inscription latine:

MENS ORAT MVNDA NEC FIT
MORA PROSILIT VNDA
S.HADELINVS -  MESSORES - FONS FACTVS.

c'est-à-dire:

UN ESPRIT PUR PRIE ET SANS RETARD UNE SOURCE JAILLIT
SAINT HADELIN  - LES MOISSONNEURS - LA SOURCE

 

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C'est Jos. Destrée qui, en 1905, a situé à Franchimont la scène du miracle de la source représentée sur la châsse de saint Hadelin (Châsse de saint Hadelin, N°1 dans Exposition de l'Art ancien du Pays de Liège, Liège, Aug. Bénard, 1905)

En 1972, Jacques Stiennon décrivait ainsi cette scène (Rhin-Meuse, Réflexions sur le thème de l'eau, pp. 23 à 25 dans Clés pour les arts, octobre 1972, n°26):

FONT_ST_HADELIN02Des moissonneurs travaillent dans un champ. Le soleil est accablant, les ouvriers meurent de soif. Aussi délèguent-ils à saint Hadelin un des leurs afin de rapporter de quoi boire. Le saint homme s'étonne: il leur avait envoyé de la boisson par les soins d'un messager. Il faut bien constater que celui-ci par négligence, n'a pas rempli sa mission. Hadelin se hâte alors vers les moissonneurs et, là, plante solidement dans le sol le bâton qui lui servait de canne. Il élève une prière fervente vers le Seigneur et soudain, de la terre jaillit une source à laquelle les travailleurs s'abreuvent à satiété.

FONT_ST_HADELIN05De tout l'art mosan et rhénan, il est peu de scènes où l'artiste ait manifesté plus de sens de la nature et plus d'humanité. Sur le fond se détachent à mi-corps trois moissonneurs qui, par la diversité de leurs gestes, expriment leurs réactions individuelles devant le prodige. Devant eux, s'accumulent les bottes de blé aux épis gonflés, traduisent la générosité de la terre nourricière. Mais toute l'attention est accaparée par le personnage de l'avant-plan. Le réalisme dans le traitement de ses vêtements souplement ajustés au corps, de ses cheveux en couronne, de sa barbe en collier, de ses manches retroussées, le naturel de son attitude, l'arabesque dynamique qu'il dessine dans l'espace, en opposition au statisme des autres éléments de la composition - tous ces facteurs insufflent à l'ensemble un accent de vie et de vérité extraordinaire. Dans ce paysage semé d'herbes et de fleurs, l'insolite et le miracle ne sont pas seulement représentés par le geste inspiré de saint Hadelin, ils sont visibles dans le bouillonnement de l'eau qui vient d'elle-même remplir, généreusement, l'écuelle du moissonneur.

FONT_ST_HADELIN03Le village de Franchimont possède également un reliquaire en argent, daté de 1659 d'après une inscription, et conservé en l'église Saint-Martin.

Toujours active aujourd’hui, la Fontaine Saint-Hadelin est agrémentée d’un grand bac en pierre. Chaque année, le moment fort d’une fête villageoise dédiée à saint Hadelin, à la fin du mois de  juillet, est la bénédiction à la fontaine. Au début du siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale semble-t-il, les habitants du village, mais aussi bien des visiteurs extérieurs, y pratiquaient d’ailleurs fortes ablutions : en effet, des vertus bienfaisantes étaient attribuées aux eaux de la fontaine.

La légende de Franchimont est à rapprocher de celle de Soulme où on prête un exploit tout à fait similaire à saint Gobiet qui aurait fait jaillir un petit ruisseau, affluent de l'Omeri. Ce type de légende est bien évidemment caractéristique des débuts du christianisme où la présence d'une source jouait un rôle important dans la conversion et le baptême des premiers chrétiens.

17:39 Écrit par Lucky Skywalker dans Franchimont | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, legende, fontaine, saint |  Facebook |

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